Le don de sperme en dehors des cliniques de fertilité (insémination maison) est une pratique de plus en plus répandue pour fonder une famille, au Québec comme ailleurs. De nombreux parents ont recours à l’aide d’un donneur rencontré en ligne sur les réseaux sociaux ou d’autres plateformes sur internet. Les raisons pour lesquelles ces parents se tournent vers le don de sperme en ligne sont diverses et compréhensibles, mais cette pratique comporte des risques particuliers. Par exemple, en 2023, une enquête journalistique a révélé que trois donneurs québécois ayant œuvré en ligne, un père et ses deux fils, sont responsables de plus de 600 naissances entre le Centre du Québec et l’Outaouais. Leurs liens biologiques et l’ampleur de leurs dons en dehors des cliniques de fertilité n’étaient pas communiqués aux parents, dont les familles se trouvent à présent liées à un réseau génétique bien plus vaste qu’attendu. Plusieurs de ces parents ont cherché du soutien auprès du Centre ESPER et se sont adressés aux autorités publiques afin de demander une réponse systémique à la question. Dans la dernière décennie, des cas similaires ont émergé dans d’autres pays comme les Pays-Bas, l’Angleterre et l’Australie.
Très peu d’études explorent le phénomène du don de sperme en ligne et du don de sperme dit “prolifique”. Lorsque des familles apprennent qu’elles se trouvent liées à un vaste réseau génétique à la suite de leur parcours de procréation assistée par un don de sperme, comment les parents réagissent-ils ? Quels sont leurs besoins pour s’adapter à cette situation ? Quelles ressources personnelles ou collectives mobilisent-ils ? La méthode de recherche participative Photovoix offrira des éléments de réponse concrets à ces questions, qui se traduiront par le développement d’outils d’intervention et une exposition de photographie à la Galerie UQO en fin de projet.
Ce projet de recherche partenarial est le premier de son genre au Canada, et l’un des rares au monde, à se pencher sur les retombées psychosociales du don de sperme prolifique en ligne. Il permettra de sensibiliser les milieux professionnels et les instances gouvernementales aux besoins exprimés par les familles concernées, ainsi que de co-construire des pistes d’action et d’intervention. Financé par une bourse d’Engagement partenarial du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (2026-2027) et par le ministère de la Santé et des Services Sociaux du Québec, ce projet est mené par la chercheure principale Isabel Côté et læ stagiaire postdoctoral·e Loïs Crémier, ainsi que les co-chercheures Sabrina Zeghiche et Anne-Marie Luca (Centre ESPER, partenaire du projet).





